REPRODUCTION?

PRÉSENTATION GÉNÉRALE

Reproduction ? est un diptyque composé d’une première partie théâtrale et d’une seconde cinématographique. La première partie est une rêverie burlesque et absurde dans des douches de piscine municipale. La deuxième est un documentaire pornographique qui interroge les espaces de construction et de déterminisme social dans nos sexualités.

NOTE D’INTENTION

Je veux parler de sexualité, de désir, de construction des désirs, et de construction des sexualités. Je crois que nos sexualités ne sont jamais essentielles mais culturelles. Et qui dit culturelles dit politiques et sociologiquement étudiables et questionnables. Alors il serait peut-être bon, parfois d’observer comment le patriarcat s’incruste dans nos draps, vient nous chercher jusque dans nos fantasmes, nous travaille au corps dans ce que nous pensons être souvent notre lieu le plus intime.

Car le silence qui entoure nos sexualités – notre pudeur, quoi – n’est pas une forteresse. L’humain est un animal bien trop social pour qu’on puisse supposer qu’il existe quelque chose de naturel dans ses sexualités, une quelconque zone protégée, instinctive, sauvage et ancestrale.

Parce que j’ai grandi, moi, Garance Valet, dans une société patriarcale, homophobe et binaire, pour ne citer que ça, ma sexualité, mes désirs et mes fantasmes sont imprégnés de misogynie et d’homophobie latente, comme le reste de ma vie. Je suis pétrie de l’idée, par exemple, qu’un rapport sexuel commence au moment d’une pénétration, et s’arrête à la fin de celle-ci. Si je ne réfléchis pas, j’établie une hiérarchie entre passif et actif, pénétrant.e et pénétré.e. Et j’ai toujours retrouvé ce genre de comportement chez mes partenaires sexuels, par petites touches, réflexions, gestes, habitudes. Et c’est terrifiant, parce que nous condamnons l’homophobie et nous combattons la misogynie. C’est un cercle sans fin : nous remettons en question les violences de notre société le jour, et nous les reproduisons la nuit.

Enfin, sans fin, pas forcément. C’est ce que je me propose d’observer dans Reproduction ? à travers ce pari : si je libère ma parole sur ma sexualité, si je la partage avec d’autres personnes, aussi convaincues que moi que quelque chose cloche dans notre société, ma sexualité peut-elle se modifier et être plus en accord avec mes principes de vie ?

Reproduction ? se pense en deux parties, qui à première vu, n’ont rien à voir. La première est une pièce de théâtre créée collectivement qui vient titiller nos habitudes sociales et corporelles en proposant de multiples variations autour d’un lieu : les douches de piscine municipale. C’est une création artistique ludique, joyeuse, drôle, et peut-être, légèrement malaisante, qui travaille aussi à inventer une nouvelle façon de raconter des histoires : comment conserver une trame narrative sans personnage récurent, et donc sans héro.ine.

La seconde partie est un témoignage vidéo du travail de recherche du collectif autour de la sexualité. C’est la réunion de quatre acteur.ice.s conscient.es du poids de la société dans leurs sexualités. Iels vont tenter, en quinze jours, de créer collectivement un film pornographique libéré du discours patriarcal dominant, et qui supprimerait par la même occasion la pression capitaliste, la course au progrès, au rendement et à l’efficacité.

J’ai envie de créer un film pornographique avec mes camarades parce que cela me semble trop simple et un peu malhonnête de questionner les sexualités, et de théoriser sur le fait que ce serait bien de changer un peu tout ça sans mouiller nos chemises. D’abord c’est pas sûr que ça soit possible, donc faire un film porno ensemble est une bonne façon de tester le fruit de nos recherches. Et en plus, sans lui, ce serait une démarche purement critique et négative. Or je crois en des sexualités et des formes théâtrales joyeuses, libres, médiatrices de force de vie. Je veux que cette remise en question soit avant tout le lieu d’une double création : artistique et sexuelle.

Garance Valet

Crédit photo © Pauline Ray

Crédit photo © Pauline Ray

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